photo Myriam
Portant il y a eu un média, un jour... Ceux qui ont vu n’ont pas oublié.
"Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans…"

C’était fin août 1981. Les passants avaient été intrigués par une jolie fille, Myriam, qui annonçait : "Le 2 septembre, j'enlève le haut". Et, le 2 septembre, Myriam avait bel et bon ôté le haut de son maillot en disant : "Le 4 septembre, j'enlève le bas". Tout le monde attendait la suite, certains intrigués, d’autres impatients, d’autres encore indignés. Pari tenu : le 4 septembre, au petit matin, Myriam avait enlevé le bas devant la foule qui se ruait devant les panneaux d'affichage. Mais elle leur avait tourné le dos. C’était signé : "Avenir, l'afficheur qui tient ses promesses".
Ce clin d'œil charmeur et charmant c'était juste pour démonter qu’Avenir était en mesure de changer toutes les affiches de la capitale parisienne en une seule nuit. La campagne de cet afficheur provocateur, innovant et créatif a marqué les esprits, recueilli les faveurs du public, fait le tour du monde et est rentrée dans l’histoire de la pub en devenant « culte ». C’était la première fois qu’une affiche était autant appréciée par le public. Et, peut être bien, la dernière.

Les afficheurs sont-ils encore capables d’oser ? Et de changer les affiche en une nuit ? Nous allons bientôt le savoir. En France il y a trois régies : Metrobus, JC Decaux et Clear Channel. La quelle des trois sera prêt à nous suivre ?

Nous commençons par Metrobus, la société qui assure la régie du métro, du RER et des autobus de Paris. Dès que nous prononçons "le Jour Sans Pub" nous entendons un drôle de bruitage, à mi-chemin entre le cri étouffé et la « paralysie buccale ». Ils doivent comprendre "le jour sans sous" ou "le jour des antipub". Notre premier interlocuteur nous passe dare-dare un deuxième interlocuteur qui nous en passe un autre, comme si c’était une patate chaude qu’on se refile pour éviter de se brûler. Enfin je tombe sur qun courageux qui ose me répondre :
" L'affichage se fait pour une semaine minimum." Point à la ligne. Le PDG serait-il plus loquace que ce monsieur ? Pas vraiment. M. Gros doit être sourd-muet. Il ne répond pas à mes courriers et il se garde bien de me rappeller. Je laisse message sur message sur les répondeurs des secrétaires et des secrétaires des secrétaires. Toujours aucun signe de vie. Françoise a une amie, une très bonne amie qui est Directrice Marketing chez Metrobus. Elle me conseille de l'appeler, de sa part. Et voilà que la copine de ma copine se transforme en fantôme dès qu’elle entend "le Jour Sans Pub". C’est fou comme ces trois mots magiques ont le pouvoir de rendre invisibles les gens. Tel un pitbull, je ne lâche pas prise. Je finis enfin par l’avoir. Elle m’avoue qu’elle ne peut rien pour moi. Metrobus a peur de cette journée. De quoi, donc ? Et bien, des réactions des antipub.

Bon, ce soir rendez-vous avec la régie du petit dernier. Petit, c’est une façon de dire, puisqu’il s’agit du titanesque Clear Channel. Stéphanie Baquaert [1]m’a adressé à Isabelle Guevara, une copine, presque une sœur, qui travaille pour cette grande régie média. Elle m’attend, son ordinateur portable sous le bras.
Isabelle me guide jusqu’à une salle de réunion, m’offre un café et me demande si je connais Clear Channel. À vrai dire, non, jusqu’aujourd’hui j’ignorais que le géant américain avait acheté l'afficheur Dauphin, le fabricant de mobilier urbain Adshel, mais aussi France Rail et France Bus. Elle commence donc par me présenter sa régie par PC interposé. Elle m’illustre les performances de Clear Channel, avec chiffres, courbes et camemberts. Elle me montre aussi la couverture sur les grandes villes, les 4X3 sur Paris intra-muros, les méga-panneaux, le réseau dans les gares, les déroulants, et tout et tout. Ce qui m’accroche le plus c’est le réseau Super Capital : 400 panneaux de 2 mètres carrés dans les vingt-huit gares de Paris et les cinquante de la première couronne. Imaginez 3.796.120 français de 15 à 65 ans qui, pendant le JSP, descendent de leur train et sont accueillis par un grand bol d’air. Inspirez, c’est le Jour Sans Pub. Expirez, la pub va changer. Le projet emballe Isabelle, mais c’est tellement nouveau et inattendu. Elle ne peut pas prendre une décision sans en avoir discuté avec sa hiérarchie. J’essaie en vain de joindre le PDG. Apparemment, le PDG de Clear Channel est aussi sourd-muet que celui de Metrobus.

Comment faire pour arriver à les toucher ? Et si Myriam enlevait le haut ? Notre Myriam, bien évidemment.

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