L’ILEC : Les nanas ne font pas le poids

L’ILEC : Les nanas ne font pas le poids

La première fois que j’ai vu une femme nue, j’ai cru que c’était une erreur. Woody Allen

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Je retrouve Céline à Étoile. Comme une véritable Matriochka, elle me dévoile au fil du temps ses multiples poupées, cachées l’une dans l’autre.

Cet après-midi, elle a sorti sa poupée commandant en chef pour aller au rendez-vous à l’ILEC. Un-deux, un-deux, un-deux. J’essaye de me mettre au pas pour me rendre avenue Victor Hugo. « Juste à côté« , me dit-elle. À l’autre bout du monde, pour moi qui trottine derrière avec mon énorme vache et mes talons aiguilles trop haut.

Elle a décroché un rendez-vous qu’elle trouve extrêmement intéressant pour la suite des événements. Je lui pose encore une fois la question « Tu es sûre qu’un partenariat avec l’Ilec pourrait apporter quelque chose au JSP ? »

Céline regarde l’énorme vache qui glisse sans cesse de mon épaule, et la prend pour la mettre sur la sienne. Elle m’explique tout en avançant à la même allure : « L’Ilec, c’est l’Institut de liaisons et d’études des industries de consommation. Elle comprend 120 adhérents qui appartiennent à 84 groupes parmi les plus importants qui commercialisent des produits de grande consommation de notoriété nationale et internationale. Toutes ces entreprises ont le même souci d’excellence dans l’innovation, la fabrication et le service au consommateur…« 

Elle parle aussi vite qu’elle marche et continue à me donner des détails, mais je ne l’écoute plus. Mes pensées sont parties à l’autre extrémité, là, sur mes pieds qui commencent à me faire souffrir. Quelle idée de mettre des chaussures neuves ! Je retiens quand même trois mots : marques, innovation, consommateur. Ça me suffit largement, même si je n’ai pas compris précisément ce que l’Ilec pourrait faire pour nous. En tout cas, Céline est tellement fière d’avoir décroché ce rendez-vous, que je ne vais surtout pas la décevoir. Nous rentrons dans un immeuble cossu et très chic. J’observe admirative la réception qui fait trois fois la taille de mon appartement, je m’attarde sur ses larges fenêtres et le très haut plafond avec ses magnifiques moulures. C’est une assoc’ très classe. Ici tout est raffinement et élégance. Jusqu’au magazine qu’ils éditent, celui que je suis en train de feuilleter en attendant notre interlocuteur. Il est très soigné, dans la forme et dans le fond. Joli papier, belle mise en page, beaux articles. Une chose est sûre, à l’Ilec, ils ne manquent pas de goût.

Céline me parle du rédacteur en chef de ce magazine, Jean-Watin Aougouard, l’historien des marques. Elle l’a croisé lors d’une soirée. C’est un monsieur bien sympathique et très brillant. Le JSP l’intrigue et il trouve l’idée juste et étonnante. Elle lui en a pas dit trop, mais ce serait bien que je prenne RV avec lui, dès qu’on sera un peu plus avancés.

Nous pénétrons dans le bureau de Dominique de Gramont, Délégué général de l’Institut de Liaisons et d’Etudes des Industries de la Consommation  Nous nous installons face à lui, dans son bureau et nous commençons à lui parler du Jour Sans Pub.

M. de Gramont nous écoute pendant presque une heure en nous toisant alternativement de son regard mi-ironique, mi-rieur. Je sais, le Jour Sans Pub est un événement peu convenu, c’est tout à fait normal qu’il ne rencontre pas le consensus général. Je m’attends donc à une réaction de rejet ou d’étonnement. En réalité c’est moi qui suis étonnée. Je ne comprends pas pourquoi ce monsieur nous écoute comme des petites filles qui racontent un gros bobard. Vous voyez, une histoire décousue du style « Et puis nous sommes descendues de Mars avec des sucettes rose fluo et une grosse barbe-à-papa sur la tête et nous avons tué tous le méchants avec un pistolet à eau. »

Céline qui est toujours dans sa journée poupée militaire, avance bille en tête sur un ton qui n’admet pas de répliques, sans même s’apercevoir que tout ce qu’elle raconte a l’air de dépasser M. de Gramont.

Je passe à la présentation de la créa. Son regard reste moqueur. Puis je lui fais écouter les spots radio. J’ai l’impression de passer un morceau d’hard-rock ou du métal à la Marilyn Manson à un amateur de musique classique. Et voilà qu’il commence à nous lancer des petites flèches, très fines, au deuxième degré. Ca m’amuse. J’ai toujours aimé l’humour décalé. Ca n’arrange pas nos affaires, mais c’est intellectuellement très stimulant. Je lui réponds sur le même registre.

Nos échanges finissent par agacer Céline qui n’est pas là pour plaisanter et qui nous lance des regards réprobateurs. Je reprends dans un registre plus classique.
Ca rassure Céline, mais pas M. de Gramont qui doit continuer à penser que nous nous sommes échappée d’un asile psychiatrique. Il finit par demander au Président de l’ILEC de participer à notre réunion.
M. le Président rentre. On reprend à zéro. Ce monsieur a un ton aimable et chaleureux et l’air de comprendre tout ce qu’on lui raconte. Ouf, je commençais à me poser des questions. Sa réaction est pertinente et pragmatique. Ses questions concrètes. Quels sont les Annonceurs intéressés ? Quelle est l’implication des associations ? Quels sont les Partenaires ? Que dit l’UDA ? Nos échanges finissent par agacer Céline qui n’est pas là pour plaisanter et qui nous lance des regards réprobateurs. Je reprends dans un registre plus classique.

Nous répondons à toutes ses questions en lui avouant que l’UDA, pour le moment, n’est pas partante. Avant de nous quitter, il nous dit qu’il trouve que l’idée n’est pas sans intérêt, mais que le JSP concerne plus les Annonceurs que son association, mais nous demande de le tenir quand même au courant.

Dominique de Gramont intervient « Vous n’êtes pas un peu idéalistes ? » Bien sûr, si être idéaliste c’est de croire qu’on peut améliorer les choses, d’avoir un but et de tout mettre en œuvre pour y arriver, alors oui, nous sommes idéalistes. Depuis que le monde est monde, il y a en eu une poignée qui ont cru à une idée et qui se sont battus contre tout et contre tous et c’est grâce à eux que beaucoup de choses ont changé. Sa dernière phrase tombe comme un couperet. « Mais comment deux nanas peuvent penser de changer le monde ?  » Ah oui ! J’avais oublié ce détail. Nous ne sommes que des nanas. Comme dit Woody, des erreurs.

Céline lui lance un de ses regards assassins, elle se lève d’un bond, range rapidement les maquettes dans la vache, puis elle sort sa Matriochka bien élevée, lui fait un sourire « cheese », lui serre la main et prend congé sans ciller.

J’ai un sentiment qui vient de je-ne-sais-pas-où, qui me donne envie de je-ne-sais-pas-quoi et qui me pousse vers je-ne sais-pas-où. Vers la porte ? Oui, mon capitaine. Viens, on va jouer à la poupée. Un-deux, un-deux !

Notes

[1] Vache : mot qui, dans la pub, désigne le porte maquette

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5 réflexions au sujet de “L’ILEC : Les nanas ne font pas le poids”

  1. ce bon Monsieur de Gramont devrait bien savoir que derrière chaque homme il y a au moins une femme et que ce sont elles qui dirigent le monde et façonnent les hommes tout en leur laissant le bon ton de n’y être pour rien. Allons Monsieur l’idée est excellent mais oh ! pardon on a oublié de vous la souffler. Désolée pour cettre fois.

  2. Je ne suis pas étonné par la réaction de l’Ilec. C’est une association qui évolue dans un univers de chefs d’entreprise, à 1000 kilomètres du consommateur lambda et incapable de saisir l’intérêt d’une approche nouvelle, creative et étonnante, pas par mepris, mais parce que ce sont des gens pragmatiques qui évoluent dans un univers fermé. Le JSP sort de leur monde. Commment pourraient-ils comprendre une action qui sort des sentiers battus ? Voilà comme j’esplique la reaction du type qui est surement depassé par le JSP. Le President est surement quelqu’un d’ouvert, mais qui ne bougera pas sans l’aval des associations officielles, comme l’UDA. Quand aux "nanas" c’est une forme de machisme conservateur ou bien une butade pour vous provoquer. Les gens qui peuvent vous soutenir ce sont sont des gens qui sont sensibilisé aux changements societaires, qui ont envie d’evoluer et qui sont capables de prendre des risques. Je pense que, tout simplement, vous n’avez pas frappé à la bonne porte.

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