L’AACC, la lettre du Président

La pub a raison. Cette lettre nous touche tous.

Je  déchire fébrilement l’enveloppe où trône le logo AACC, en toutes lettres, sur fond rouge en forme de ballon de basket. Je lis d’abord la signature : Hervé Brossard. Puis je regarde en haut à gauche: LE PRESIDENT. C’est marqué en lettres capitales. Je ne rêve pas, c’est bien lui. Alléluia !

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Vous souvenez-vous ? Jacques Séguéla avait appelé Hervé Brossard pour lui parler de mon projet. [1]  Depuis, impossible de le rencontrer. Silence radio sur toute la ligne. Et bien, ce n’est pas trop tard !

Mon sourire se fige dès les premières lignes. « C’est avec un grand étonnement que nous avons pris connaissance de l’opération que vous étiez en train de monter…».

Je relie trois fois. En principe un grand “étonnement” c’est une énorme surprise causée par quelque chose de surprenant, d’inattendu. Presque un choc. Comment peut-on traiter d’inattendu quelque chose dont on est au courant ? En craignant une attaque d’Alzheimer, je reprends le mail de Jacques. « Bonjour Babette, j’ai parlé de notre rencontre à Hervé Brossard, le Président de notre AACC…»

Ouf, me voilà rassurée. Mon tissu cérébral est en parfait état.

Si c’est une blague, c’est de mauvais goût. Ou alors l’étonnement vient du fait qu’il n’a jamais pensé qu’on aurait pu aller si loin.

Avant de me faire une opinion, je lis la suite. Qui va crescendo. L’AACC met en cause la forme et le fond du Jour Sans Pub. Quelle extraordinaire coïncidence ! C’est du copié-collé de celle de l’UDA. Les deux Associations arrivent aux mêmes conclusions, avec les mêmes mots. Et avec la même absence de précisions.

Le Président trouve aussi extrêmement déplaisant de voir cité l’AACC en tant que Partenaire de cette opération et me demande instamment de bien vouloir retirer toute référence à leurs organisations. Où ? Quand ? Quelle référence ? Je relie attentivement le dossier pour voir si la formulation sur les partenariats peut donner lieu à des malentendus. Nous disons texto : Dès que nous aurons réuni le nombre définitif des Annonceurs, nous contacterons l’AACC. C’est ça les citer en caution ? Pas de problèmes, un petit « pomme X ». Et voilà effacé tout risque de malentendus.

Pour finir, le Président EXIGE d’expliciter ma démarche qui a surpris l’ensemble de leurs adhérents ainsi que l’UDA. Tiens, maintenant la crise d’amnésie aïgue aurait atteint aussi M. Noël ? À cette allure, on frôle l’épidémie.

Après l’effarement, c’est la colère. Mon sang de latine bouillonne. Ils EXIGENT…

Non, mais ! Je n’ai de comptes à rendre à personne ! D’abord je n’ai pas à me justifier d’une action parfaitement légitime. En tant que publicitaire et créative, j’ai le droit de vouloir faire évoluer mon métier. Ensuite, s’ils avaient voulu en savoir davantage, ils n’avaient qu’à me recevoir.
Ca fait un mois que Monsieur a le dossier sur son bureau et que nous nous relions à la limite du harcèlement auprès de son assistante afin d’obtenir un rendez-vous.

Et, au juste, ça signifie quoi leur menace ? Sinon quoi ? Ils vont préparer mon suicide professionnel ? Me bannir de toutes les agences de pub de Paris ? Même pas peur. S’ils pensent de m’intimider, ils se trompent pour de bon.

Je proclame les États Généraux. L’équipe rapplique en moins de deux. Céline est remontée : « C’est quoi cette histoire de fous ? Il y a trois mois, un documentaliste de l’AACC m’a contacté pour me dire qu’il trouvait l’idée surprenante et intéressante et CB News parle en long et en large du JSP. Ce monsieur ne lit pas la presse pro ?»

L’excitation monte. Marc essaie de calmer le jeu en disant qu’il s’agit d’un document pour officialiser la position de l’AACC, afin de soutenir celle de l’UDA. Ce qui ne fait qu’envenimer les créatifs qui pestent contre la mafia des Associations en tout genre, plus intéressées par les connivences, les échanges socio-politiques que par l’image et le bien-être de la profession.

Lili est sûre que c’est avant tout qu’une histoire de fric. Si les Annonceurs dépensent une partie de leur budget pour le JSP, ça fera une tranche de gâteau en moins pour les agences.

Debora et Fabienne partagent son avis. Elles pensent aussi qu’un événement dont ils ne sont pas à l’origine et qui provoque une adhésion importante, leur donne le sentiment de perdre leur pouvoir et leur contrôle sur les Annonceurs et les Agences.

«Nous cherchons midi à 14 heures, dit Fabien. Et si c’était tout simplement parce qu’ils n’ont mal interprété l’esprit de l’action ? Il suffit de les rencontrer et d’expliciter notre projet.»

Nadège approuve. Peu importe le pourquoi du comment, il est urgent de répondre et d’expliquer. Si les deux associations les plus puissantes du métier nous déclarent la guerre, nous pouvons dire adieu au JSP.

D’ailleurs, Myriam et Florence, qui ont un esprit positif, considèrent que ce courrier tombe bien. Ce n’est pas l’occasion rêvée de rencontrer enfin M. Brossard pour lui présenter le projet de vive voix ?

Éminence Grise m’envoie un mail où chaque mot est pesé et emballé dans du papier en soie. Il me rappelle qu’il ne suffit pas d’avoir du talent et que, malgré mon enthousiasme débordant et mon énergie inépuisable, dans ce monde, on n’avance pas sans réseau, sans politique, sans compromis, sans concessions, sans détours… surtout quand on a une idée de très grande envergure. Autrement dit, écrase-toi avant qu’ils t’écrasent.

L’AACC regroupe près de deux cents Agences, l’UDA plus de trois cents Annonceurs. Si les deux se cambrent, nous aurons un effet domino. Mais je préfère mourir, plutôt que faire carpette. Si j’avais voulu rentrer dans le petit jeu des alliances utiles, des courbettes aux puissants et des faux-semblants, j’aurais commencé, il y a bien longtemps. Je ne fais pas partie de la grande famille et tant mieux. Ça me donne un avantage incommensurable. Je suis libre. Et jamais je ne céderai à leurs menaces.
Mais je me trompe. Je croyais ne rien devoir à personne. Mais je ne suis pas seule dans cette aventure et je n’ai pas le droit de faire sombrer tout le monde avec moi.

Je finis donc par enfiler des gants et, profil bas et dos rond, je réponds à l’AACC. Malgré mes efforts, Florence et Myriam relisent et trouvent mon courrier toujours trop hard, tandis que moi j’ai l’impression que ça fait grand cirage de pompes et tartinage de pommade.

Au bout d’une semaine de limage de mots, c’est Florence qui reformule la lettre et Myriam qui la fignole.

Je signe à contre-cœur ce courrier où, désolée de ce malentendu, je m’excuse de m’excuser, moi, toute petite choses devant eux si grands et si puissants. Je parle du rôle que l’AACC pourrait tenir dans le JSP, de notre besoin de leurs conseils et je propose une présentation plus claire de l’événement qui leur permettra d’en saisir toutes les nuances et y voir aussi l’intérêt pour toute la profession.

Je ferme l’enveloppe avec regret. Je suis une têtue orgueilleuse et je préfère perdre la tête haute. Je suis sûre que ce n’est pas cette jérémiade qui changera les choses. Mais bon, en équipe on ne garde pas pour soi le ballon.

Comme dit Woody Allen : J’aimerais terminer sur un message d’espoir. Je n’en ai pas. En échange, est-ce que deux messages de désespoir vous iraient ?

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22 réflexions au sujet de “L’AACC, la lettre du Président”

  1. il est clair, que si hervé Brossard a pris le temps d’écrire cette lettre, c’est qu’au fond le projet ne laisse pas du tout indifférent . A mon avis, l’idée ne venant pas de lui, il a préféré la tuer dans l’oeuf. Babette, a t-il au moins accepté de vous rencontrer pour en parler? et Gérard Noël?

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  2. Je suis degoûtée de voir qu’on essaye d’enterrer un projet si intéressant et intelligent. Pour une fois qu’une publicitaire essaie de donner une ouverture… J’espere, comme kiki, qu’il va vous recevoir et faire preuve d’intelligence et de capacité de dialogue. Bon courage.

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  3. On se croirait au XIIIème siècle, à l’époque de l’Inquisition. Cette lettre est une véritable forme de répression. Ils auraient pu vous donner un rendez-vous et discuter sereinement du projet. Mais non, l’AACC s’arroge le droit d’intervenir dans les événements qui touchent la pub et d’utiliser son pouvoir par l’intimidation. A se demander si vous serez condamnée au port de la croix d’infamie ou à la condamnation au bûcher.

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  4. Si je comprends bien : la vocation de l’AACC est de défendre les intérêts des agences vis-à-vis des annonceurs. La vocation de l’UDA est de défendre les intérêts des annonceurs auprès des agences.
    En réalité, ils n’ont qu’un seul but commun : défendre leurs propres intérêts.

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  5. Tant de travail, d’intelligence, de réflexion, de courage pour finir sur le banc des accusés. Aujourd’hui on sanctionne les gens qui portent une idée et qui essaient d’améliorer les choses. Ne vous laissez pas faire ! Nous sommes tous derrière vous !

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  6. Comme Fabien, je suis convaincue qu’ils n’ont pas vraiment compris votre action. Pour réagir ainsi, ils doivent vous prendre pour des antipub. Dès qu’il vous donneront un rendez-vous, et que vous pourrez leur expliquer, ils vont craquer sur cette magnifique initiative et vous soutenir. Florence a raison, c’est une bonne occasion pour les rencontrer.

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  7. Je suis d’accord avec wonderwoman. Même si vous leurs avez expliqué le projet, je pense qu’ils continuent à vous prendre pour des anti-pub. Le JSP continu de faire peur. Il vous faudra beaucoup de pédagogie. Tu n’as pas pris la mauvaise décision Babette. L’essentiel c’est de pouvoir expliquer encore et encore le projet jusqu’a que ça aboutisse.
    Une lettre comme celle là renforce mes convictions vis à vis du JSP car cela montre bien le coté "mafia" du milieu de la pub si j’ose dire. Au vu de cette réaction je pense que le chemin est encore long mais ça en vaut la peine. Courage je suis plus que jamais avec vous!

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  8. Vous étes bien naïfs ! Ils ont parfaitement compris. Et ils ont également constaté que certains annonceurs et partenaires ont été emballés par le projet et sont prêts à y participer, sans demander ni leur avis ni leur autorisation. Et c’est ça qui les met en rogne. Ils ont besoin de tout contrôler. L’argent aussi. Les deux leur échappent. Ouvrez les yeux et préparez vos boucliers. Ils vont vous faire la guerre. La réaction d’eminence grise est cynique, mais réaliste. Des réseaux, de la politique, des compromis, des concessions, des détours… C’est comme ça qu’on avance dans ce milieu pourri.

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  9. J’espere que vous n’aurez pas de problèmes à cause du JSP. Vous vous battez pour la pub, pour les annonceurs, pour nous. Et apparemment ça gêne beaucoup de gens. Ils savent que votre idée est excellente, mais ils seraient obligés à remettre en question la vieille pub. C’est plus facile d’enterrer le JSP. Pour une fois qu’une publicitaire nous avait compris ! Nous sommes avec vous et avec toute l’équipe !

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  10. Cette lettre vous touche et nous touche. Et si on signait une pétition ? Vous dites que l’AACC regroupe près de deux cents Agences, l’UDA plus de trois cents Annonceurs. Et combien il y a de consommateurs ? Attendons la suite. Si le rendez-vous avec le Président ne donne rien, je propose qu’on bouge. Il suffit de passer le mot sur Internet. Si vous étes d’accord, bien sur.

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  11. J’espère aussi que l’AACC vous écoutera attentivement. Elle organise « la semaine de la pub », et ne peut pas être sourde à une proposition qui veut la faire évoluer. Prenez le cas des étudiants en communication. Nous voulons travailler dans une pub qui nous ressemble. Nous croyons à une pub ouverte, intelligente, à l’écoute, capable de répondre aux exigences de nos jours. Le JSP nous donne un nouvel espoir.

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  12. Bravo, ce n’était pas facile d’aller au-delà de vos sentiments, mais vous avez pris la bonne décision. Votre principe c’est le dialogue. Ce n’est pas une illusion collective, mais une réalité que vous mettez en œuvre en l’appliquant à vos détracteurs. En répondant avec politesse à des gens qui vous agressent à tort et en leur demandant d’en discuter avec eux, vous leur donnez une grande leçon d’ouverture. Il ne reste à espérer qu’ils soient à la hauteur.

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  13. Quand on n’a pas de véritables arguments, la meilleure technique c’est d’éviter la confrontation. Voilà pourquoi, à mon avis, ils ne tiennent pas à vous recevoir. Ils savent que votre désir de changer les choses est légitime, que votre action peut contribuer à une évolution positive de la publicité, mais ils redoutent l’aboutissement de votre projet. Le JSP remettrait en question trop de mauvaises habitudes, les obligerait à une analyse de fond et ils seraient contraints à opérer des changements. S’ils veulent reprendre le contrôle de la situation et vous envoyer à la trappe, leur seul solution c’est de prendre une attitude agressive et essayer de vous intimider. Ne vous laissez pas faire !

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  14. La semaine de la pub c’est uniquement pour les publicitaires qui se regardent le nombril, le jour sans pub c’est pour que les publicitaires regardent plus loin de leur nombril. Ce n’est pas étonnant que ça ne plaise pas à monsieur le Président:)

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  15. Au sein de l’AACC, il existe une délégation des marketing services, à la tête de laquelle figure Catherine Michaud. Un petit bout de femme rudemment efficace, qui secoue l’AACC. Peut-être que ça vaut le coup de lui parler de votre projet ! Elle est vraiment sympa. Si vous voulez ses coordonnées faites le moi savoir !

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  16. Je ne comprends pas comment l’UDA et L’AACC ont pu prendre une position sans avoir débattu auparavant du projet avec son auteur. Si j’ai bien compris, aucune des deux associations ne vous a rencontré. Ils ont communiqué entre eux, mais pas avec vous. Je considère que l’audition des professionnels est indispensable pour permettre la réflexion sur la communication corporate.
    La contestation de la communication est, malgré tout, un souci majeur pour l’annonceur et chaque projet novateur reste digne d’écoute.

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  17. S’ils ne veulent pas vous écouter, ça sera sans eux ! Tous les annonceurs, les partenaires et les agences ne sont pas à leur botte. Je veux bien expèrer qu’il y en a qui pensent avec leur tête. Ce sera plus long, plus compliqué, mais vous finirez par y arriver 🙂 Allez, l’équipe !

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  18. J’ai bien réfléchi. Le JSP est un événement qui met en avant le dialogue et l’écoute. L’Assocition des agences de pub, tout comme celle des annonceurs, viennent de nous confirmer que cela ne fait pas partie de leurs habitudes. Vous aviez le choix entre deux réactions : engager un bras de fer avec eux et les défier avec des actions coup de poing. (Débarquer, par exemple, à la semaine de la pub avec tous ceux qui vous soutiennent.) Une méthode efficace, qui ferait du bruit, mais déjà utilisée par les antipubs. L’autre possibilité, c’est d’aller au delà de vos sentiments et de demander avec humilité leur collaboration. C’est une attitude plus difficile, mais c’est la bonne. Je pense que vous avez fat le bon choix.

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  19. Moi je suis de l’avis de Didier. Des annonceurs intelligents et ouverts comme Coca ou Citroen, n’ont pas besoin d’avoir l’avis des assoc. Ce sont ceux qui ne savent pas où aller qui demandent d’être pris par la main. Ne vous inquiétez pas, vous y arriverez, avec ou sans eux. Tenez bon:)

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  20. Je viens d’écouter Jacques Séguéla à la radio. Il arrive aux mêmes conclusions que vous et il trouve que ça ne bouge pas assez dans la pub. Avez-vous pensé à le relancer ? A l’epoque, il n’etait pas pret, mais les choses changent. Je suis sure que maintenant, il serait partant. Il pourrait intervenir auprès des associations et vous aider à réaliser le JSP. Invitez-le à lire votre blog et ne perdez pas espoir. ca va marcher !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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  21. Merci à tous les lecteurs qui nous ont exprimé leur soutien par mail et à travers leurs commentaires sur le blog. Bien sûr qu’on ne va pas lâcher. Chris, je veux bien contacter Catherine Michaud, mais je n’arrive pas à te joindre pour avoir ses coordonnés. Aurélie, Jacques Séguéla connaît bien le projet et aussi le blog. S’il veut nous aider, il n’a qu’à faire un signe. Nomade, je comprends ta réaction, mais débarquer à la semaine de la pub en force, ça ressemble à une action des antipub. Nous voulons rester positifs et privilégier le dialogue. Stéphen, ah oui, tu as raison, le chemin est encore long…

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