Paul Wauters, pour vivre heureux vivons cachés.

Paul Wauters, pour vivre heureux vivons cachés.

Paul Wauters est un grand Directeur de la Création, alors pourquoi vous ne dites pas « Ah, yes !! » en entendant son nom ?
Le fait est que Paul Wauters n’aime pas se mettre en avant. Peut-être à cause de ses origines flamandes là-haut, du côté le moins bavard de la Belgique. Ou tout simplement parce qu’il a toujours préféré le talent à la politique et le boulot à la notoriété. Pourtant avec son impressionnant palmarès de plus de 200 prix publicitaires nationaux, internationaux et Cannois, ses 5 langues et sa superbe carrière dans différents pays, Paul Wauters a de quoi être connu et reconnu. Jury internationale, co-créateur et auteur d’une série de livres audio à succès, il est passé par les plus grands groupes et par des agences flamboyantes, il a travaillé sur les grands comptes internationaux – Procter & Gamble, McDonald’s, Kellogg’s, Heinz, Stella Artois, Absolut, Infiniti, ENI –  en Belgique, Hollande, Japon, Italie et en France, et gagné un nombre incalculable de prospections.
Le temps d’être directeur de la création associé chez Babel et le voilà déjà reparti pour des nouvelles aventures.
Oui, dans la voie lactée de la pub, Paul Wauters est une étoile cachée. Il n’a jamais fait la une de la presse et vous aurez peu de chances de le croiser sur les réseaux sociaux et encore moins dans les soirées mondaines. Raison de plus pour l’interviewer. 

On se rencontre dans un café dans le 11e qui ressemble plus à un espace de coworking qu’un café bobo. Pas de questions, juste de phrases à terminer.

Quand j’étais tout petit, on me disait que… j’étais un sphinx.

Je rêvais de devenir… astronome.

Jeune ado, je me prenais pour… un batteur.

Le super-héro dans le quel je m’identifiais ado… Robin, malheureusement.

Le livre qui m’a rendu plus intelligent… Tous les livres qui sont plus intelligents que moi. Mais Jeroen Brouwers m’a appris que ma langue maternelle n’est finalement pas si moche. 

Je suis rentré dans la pub parce que…j’étais un très mauvais financier.

J’en sortirai quand… le bon sens aura perdu la bataille. 

La campagne dont je suis fier …. c’est celle dont d’autres gens que les publicitaires en parle, je me dis que j’ai bien fait mon boulot. Nos campagnes pour Proximus et Eristoff chez LG&F (devenu FamousGrey) entraient souvent dans les conversations. 

La campagne que j’aurais aimé faire… Il y en a beaucoup; la saga ‘good things come to those who wait’ pour Guinness et celle de Tango, Red Bull Stratos, et plus récemment le fabuleux film de Nike Londoners, qui est d’ailleurs inspiré d’un formidable sketch « The Four Yorkshiremen » que j’aurais aimé faire aussi. Plus récemment encore, Be a Follower de Diesel.

Dans ce métier, ce que je préfère c’est… cette seconde dans laquelle on bascule de la médiocrité à l’excellence. Trouver la petite idée qui change tout, bouger l’angle de quelques degrés…     

Dans ce métier, ce que je déteste c’est … les gens qui se déguisent en créatif et les gens qui prennent leur goût comme référence de base.

Mes collègues m’aiment parce que … faudra leur demander, si vous en trouvez.

Mes collègues me détestent parce que... je ne suis pas très jouissif, trop Flamand sans doute.

Je pense que dans la pub les prix… accélèrent notre perte de crédibilité. 

Mon plus grand moment de solitude a été… chaque fois qu’une personne enlève l’idée d’une campagne en disant que ce n’est qu’un détail. 

Je pense que sans le sens du détail… nous devenons grossiers. Je crois moyennement dans la big idea, tout a été fait, on voit passer les mêmes stratégies et mécaniques. Ce sont souvent les petites idées qui font la différence. Comme plug boy dans le film de Sainsbury, il a gagné la guerre de Noël cette année à lui tout seul, ce n’était qu’un ‘détail’ dans un film qui n’avait en soi rien d’original.  

Je ne suis pas sur Facebook parce que… je n’ai pas besoin d’autant d’amis. Et j’ai une assez faible tolérance pour la frime et la sur-joie. 

Je suis sur Linkedin parce que… Parce que c’est un bon carnet d’adresses, et le sérieux des profils est assez drôle.

J’ai toujours eu… une capacité de concentration très limité dans le temps. Ça a l’avantage dans ce métier que je sais traiter plusieurs sujets simultanément mais il y a le désavantage que je déconnecte souvent au milieu d’une conversation ou une réunion. 

Si j’étais un instrument… je serais Le Gaffophone

Le film que j’ai revu plusieurs fois… La mort de Staline, que je trouve une merveille. Mais il y en a plein, des Cohen Brothers au Marx Brothers.

Mon pire cauchemar c’est…de perdre le sens de l’humour, parce qu’après on n’est plus armé contre les pires cauchemars.

Mon plus grand regret est de… ne pas être un bon musicien. 

Mon plus grand remord est de… juger des gens trop vite sur trop peu d’éléments.

Le pays où j’aimerais travailler…. Je pourrais travailler partout, si c’est avec les bonnes personnes. La joie dans le travail ne vient pas de l’endroit géographique, ni de la déco de bureau, mais du plaisir immense de travailler avec des gens qui se comprennent, se basculent, se respectent et se complètent.

Pour moi le futur de la pub… est dans l’utilité évidente et la qualité de l’offre, et pas dans les discours. Si le monde est devenu compliqué, il y a un principe simple qui reste : les meilleurs gagnent toujours. 

Si je devais donner 3 tuyaux aux jeunes qui veulent rentrer dans la pub … Il faut aimer les gens assez pour vouloir les toucher tous. Si vous avez une idée, imaginez-vous tous les gens qui pourraient dire « qu’est-ce que ça peut bien me foutre ? » Si il y en a trop, trouvez une autre idée. Comprenez que vous êtes avant tout un créateur de valeur. 

Si je devais donner 3 tuyaux aux vieux qui n’ont pas envie d’en sortir… Peu importe la date de péremption, quand c’est l’heure, ça se sent. Et il faut être dompteur de cynisme.

Si je devais raconter une anecdote de ma carrière… Ce n’est pas très intéressant mais c’était mon premier choc de logique dans ce monde. Le premier mois de mon premier job comme junior CR à 30 ans, je n’avais pas encore bien compris le fonctionnement d’une agence, et je suis allé présenter une campagne tout seul sans avertir le chef de pub. Je n’avais pas encore compris – toujours pas d’ailleurs – comment une autre personne que celle qui a créé la campagne pourrait la présenter. 

Je pense que pour réussir aujourd’hui… Il faut être créatif, commercial et entrepreneur. Sinon un créatif vraiment, vraiment exceptionnel.

Minibio : Paul Wauters, Belge de 53 ans, mène une double vie entre l’écriture de ses livres audio qui ont conquis les familles et les hitparades en Belgique, et la création publicitaire pour laquelle il a été récompensé plus de 200 fois au niveau national et international. Il vivait le nez dans les chiffres à Genèveau moment qu’il entend parler d’un concours de copywriting chez Y&R à Bruxelles. Il participe et gagne… un stage non-rémunéré. Après, c’est Air Bruxelles, Leo Burnett Bruxelles, Duval Guillaume, une mission au Japon pour Beacon, puis Famous Bruxelles et Amsterdam et TBWA Italie, ou il prend le poste de CCO de Rome et Milan. Le groupe TBWA l’appelle pour co-créer l’agence Being à Boulogne-Billancourt, et trois ans plus tard c’est Laurent Habib qui l’appelle pour la création de Babel. Il a été dans les juries de Cannes, D&AD, Dubai Lynx, Shark Awards, Club des DA, Creative Club de Belgique et président du jury radio des LondonInternational Awards.

 

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