Thomas Bernhard, une vie très privée de femmes

Thomas Bernhard, une vie très privée de femmes

Après Céline et les femmes, Pierre de Bonneville prouve une fois de plus que la pub mène à tout à condition d’en sortir.  L’écrivain, s’essaye ainsi à une nouvelle biographie : Thomas Bernhard, une vie sans femmes. Psychanalyse d’un auteur et de sa vie.

Oui, il y a une vie avant, pendant et après la réclame. Car pour être publicitaire, il y a des présupposés : passion, sensibilité, talent, formation, ambition, culture, expérience, exigence, comme pour n’importe quel artiste.

tb-cover-de-pde-b008Un auteur est-il tout entier dans son œuvre et celle-ci n’est-elle que la retranscription de sa vie ? On pourrait le croire à la lecture du nouvel essai de Pierre de Bonneville qui s’attaque à la bio de Thomas Bernhard, écrivain autrichien, par le flanc glissant de sa relation avec les femmes. La mère, Herta, qui le frappait avec un nerf de bœuf, ne passons pas à côté des choses simples. La grand-mère, bonniche et soumise, merci Mamie Nova ! Les demi-sœurs, pas bien connues, il faudrait être fou pour dépenser plus d’affection. La protectrice, Hedwig Stawianiczek, maîtresse et partenaire parce qu’elle le vaut bien. L’hagiographe, Gemma Salem qui préface l’ouvrage, ne dites pas à sa mère qu’il écrit, elle le croit tubard dans un sana… Les admiratrices, nombreuses,  attirées par la force de son écriture, son charisme et sa belle gueule ? Ou encore, ces entités genrées : la mort, la maladie, l’abstinence, l’énurésie, vos névroses nous intéressent.

Oui, car Thomas Bernhard devient orphelin assez jeune, souffre d’une pneumonie purulente, sa libido sert uniquement de combustible à sa puissance littéraire et il fait pipi au lit jusqu’à l’adolescence. Pierre de Bonneville mentionne, plusieurs fois, ces plaies constitutives de la personnalité de Bernhard, à la fois sources d’inspiration et explications freudiennes d’une vie assez mal emmanchée. Sans mentionner la guerre, les nazis, l’internat, la religion, le sanatorium… Tu pousses le bouchon un peu loin, Thomas Bernhard !tb-jeune-photoThomas Bernhard est un enfant illégitime. Longtemps, il n’a pas su comment il s’appelait. Comme maman, comme beau-papa, comme papa ? Ou comme grand-papa,  Raté. Il porte le nom du premier mari de sa grand-mère maternelle. Pourtant, c’est bien le grand-père maternel, Freumbichler, auteur lui aussi, qui est le personnage clé de la vie de Thomas Bernhard, son Papy Brossard. C’est lui qui ancre dans l’esprit de cet enfant perdu, les principes qui soutiennent l’existence d’un homme à une époque donnée : la liberté de penser, l’attitude envers les femmes, la solitude orgueilleuse, l’Autriche mais aussi le désir d’aller plus haut, de frôler les sphères inaccessibles de la bonne société… Et la résilience.

Tout cela se retrouve dans sa bibliographie au travers de titres pas toujours très gais : Gel, Le Souffle, Perturbation, Corrections, L’Origine, La Cave, Les mange-pas-cher, Le Froid, Béton, Les Naufragés, Extinction, Sur la terre comme en enfer... On le comprend, Bernhard sublime la souffrance comme encre pour y tremper sa plume. Jusqu’à sa mort en 1989, bien qu’admiré et sollicité, il se comportera toujours en ours solitaire, retranché dans sa ferme de Haute Autriche.

A quoi sert cette biographie ? Mais à faire découvrir un auteur magnifique à ceux qui n’en avaient jamais entendu parler, quelqu’un qui écrivait à l’occasion d’une rumination féroce. Un auteur qui se place au rang de Thomas Mann et de Stefan Zweig, plus haut peut-être. Alors, qu’importe le trop plein de citations, de références éditoriales ou théâtrales, d’ibid à foison, quelques maladresses dans l’écriture un peu répétitive ? Et cette impression générale que l’auteur semble confondre parfois fiction et vie privée de Bernhard ? Néanmoins, Pierre de Bonneville fait renaître Thomas Bernhard et raconte comment un jeune homme si torturé dans l’enfance, s’est construit comme un écrivain et un humain exceptionnel.

Thomas Bernhard, Une vie sans femmes
Essai 
Par Pierre de Bonneville 
Chez l'Editeur
224 pages, 15 € à la Fnac
Paru le 8 septembre 2016

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