Faut-il mettre les hommes à genoux ?

Faut-il mettre les hommes à genoux ?

La création publicitaire a droit comme tout un chacun à un jugement injuste et inéquitable. J’assurerai donc ici la tâche du tribunal de la com en cumulant l’instruction, la défense et la partie civile. Je jugerai avec la plus mauvaise foi possible le bien fondé des charges qui pèsent sur certaines campagnes. Et ce n’est pas le travail qui manque.

Commençons aujourd’hui par le cas épineux de Accor Hotels Arena alias Palais Omnisport Paris Bercy.

Alors, de quoi est-ce que accuse-t-on mon client ? comme disait si bien le grand avocat Luis Rego. D’être sexiste. Grave accusation certes, mais examinons un peu les faits. L’affiche 4X3 incriminée convie le public à des événements sportifs en montrant une joueuse de tennis à genoux avec pour titre : « Le seul lieu où les femmes sont à vos pieds. »

Sexiste ou sexiste ? A vous de juger.
Sexiste ou sexiste ? A vous de juger.

Disons le d’entrée, c’est mal barré.

Appelons si vous voulez bien monsieur le juge, notre premier témoin qui n’est autre que moi-même. Qu’ai-je donc à déclarer ? Hé bien voilà : « J’étais dans le métro et je vois l’affiche. » Très intéressante cette déclaration mais qu’avez-vous compris maître ?
« Ce que j’ai compris votre honneur, c’est qu’en tant que citoyen au charme très moyen, c’est-à-dire avec moins de succès féminins que George Clooney ou Brad Pitt, j’aurai quand même l’occasion dans ma triste vie de voir une femme à mes pieds. »
Et vous y avez cru, maître ? « Non, mais vous me prenez pour une bille votre honneur ? C’est de la pub, c’est pour rire ! Enfin, rire c’est beaucoup dire. »

Je me remercie de cet intéressant témoignage et j’appelle maintenant à la barre Didine63, lectrice du Parisien afin de savoir si elle trouve cette campagne sexiste.
Didine63 : «  Je vois pas mais pas du tout où est le sexisme…. Franchement dans ce pays, personne ne comprend le second degré ? » Merci Didine.

J’appelle maintenant Sinsy et Benoît (je vous préviens, dans ce procès il n’y a que des témoins à décharge).
Sinsy : « Je suis une femme et je ne trouve pas ça choquant du tout, le féminisme français me fait honte… » Honte !? Comme vous y allez, Sinsy ! Et vous Benoît ?
Benoît : « c’est l’inverse de sexiste ; message sous-jacent = les femmes ne sont pas à vos pieds… » Merci Benoît. C’est en effet ce que j’avais compris moi-même monsieur le juge comme l’indiquait mon intéressant témoignage.

Et maintenant, j’invite à s’exprimer Gegconta, venu tout droit de Twitter. Gegconta c’est à vous.
Gegconta: « En quoi c’est sexiste ? On aurait échangé femmes par hommes, personne n’aurait rien dit. »

Nous y voilà, votre honneur. Là est bien le nœud de l’affaire.

Il me semble donc important à ce stade de l’affaire de rappeler qui est ou plutôt qui sont mes clients, les annonceurs. Des hommes en majorité, bien sur. Timides et bien élevés et qui trouvaient l’idée qu’une femme se mette à leur pieds d’autant plus amusante qu’improbable. Ils font aujourd’hui amende honorable. « C’est un choix malheureux et extrêmement regrettable qui montre un manque de perception de la façon dont le rapport hommes-femmes a changé », a déclaré Jean-François Martins, adjoint de la Mairie de Paris en charge des sports, en se frappant la poitrine.

Mes clients ont eu également tort de croire que le public des épreuves sportives était essentiellement masculin et que dès lors on pouvait le séduire par les plus bas artifices. Erreur encore. Ils méritent le bâton votre honneur, c’est certain. Mais pas plus. Je sollicite votre clémence.

Merci maître, la cour va maintenant pouvoir sauter le délibéré en allant à la ligne.

Donc après délibéré, la cour, tenant compte des circonstances atténuantes c’est à dire de la grande naïveté typiquement masculine de l’annonceur, reconnaît cette campagne coupable de tentative d’humour anachronique et d’avoir contrevenu à la jurisprudences Kookai comme à la loi Adopteunmec.com qui stipulent que la femme ne saurait plus en aucun cas se mettre à genoux devant un homme…
La cour, en vertu des textes précités, condamne donc l’annonceur à réaliser une nouvelle affiche à ses dépends en montrant plutôt un homme à genoux (mais si possible sans tapis de prière ni turban sur la tête pour éviter un autre procès, les tribunaux étant déjà surchargés).

La cours vous remercie.

Share Button

7 réflexions au sujet de “Faut-il mettre les hommes à genoux ?

    • En fait Dsk m’a appelé pour me demander de lui expliquer la campagne. Il n’avait pas compris. « C’est loin d’être le seul lieu où les femmes se mettent à genoux » m’a-t-il dit.

  1. Bravo François ! Excellent, très drôle et comme disait Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. » mais je crois que c’est déjà utilisé 😉

Laisser un commentaire