Un esprit sain dans un corps… humain ?

Jeudi dernier, BETC et sa vice-présidente Marianne Hurstel, ont révélé les résultats d’une étude portant sur notre outil préféré : le corps humain.

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Le corps humain n’est plus qu’une simple enveloppe charnelle. Aujourd’hui, cet amas de peau, muscles, articulations, nerfs et poils suscite une attention hors du commun, une véritable obsession pour une espèce humaine rongée par le mal-être et le paraître. Alors que le bio nous est servi à toutes les sauces, que de ne pas manger de gluten reste la phrase d’accroche privilégiée pour faire se pâmer toutes les demoiselles, que Ségolène Royal mène une lutte acharnée contre le Nutella et que les « 30 days challenge » pullulent sur notre Facebook, il est devenu évident que la nature du corps s’est transcendée.

Il n’est plus simplement question de motricité et praticité, mais plutôt d’un outil qui témoigne de notre santé, à la fois physique et mentale, et nous sert de principal attribut de séduction dans une société où image et apparence sont les maîtres mots. Faisant face à des avancées et enjeux technologiques qui créent le débat, nous sommes aujourd’hui confrontés à l’éventuelle possibilité d’altérer nos membres afin de décupler nos capacités et peut être même tromper la mort.

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Friande de ces sujets sociétaux à rebondissements, l’inévitable agence de publicité BETC s’est penchée sur la question, et a mené une étude approfondie sur le rapport entre l’Homme et de son corps, aujourd’hui et à l’avenir. Ce sont donc les réponses de 32 pays qui ont été passées au peigne fin, elles-mêmes séparées en deux chevelures : la vague mainstream et les prosumers. Force est de constater que les facteurs culturels et religieux, liés aux pays en question, conditionnent radicalement les réponses apportées aux questions posées par l’agence. De ce fait, trois catégories se dégagent :

  • Les Pleasure Seekers, pays latins où la séduction joue un rôle important, totalement décomplexés par rapport à leur corps, et associant celui-ci au plaisir. La France y fait, bien évidemment, office de figure de proue.
  • Les Holistic Enthusiastics, pays où le corps et l’esprit ne font qu’un, prônant les régimes détox, le culte du sommeil et les bienfaits du jeûne. Les fortes effluves spirituelles qui s’en dégagent renvoient à des pays tels que la Chine, l’Inde et à l’Asie mystique.
  • Les Functionalists, pour qui le corps est une machine et un instrument de pouvoir, nécessitant d’être constamment huilé et perfectionné, sans pour autant en être satisfait. Les pays anglo-saxons en sont les représentants majoritaires

Des années, voire des siècles, de communication publicitaire et propagande sociétale ont complètement distordu notre définition du bonheur. Dans chaque spot télévisé, où gesticule un idéal corporel unisexe, se cache un lavage de cerveau auquel nous sommes nombreux à avoir succombé. Isaiah Mustafa est aux habitants de Mars ce que Charlize Theron est pour la population de Vénus : un corps parfaitement sculpté et dénué d’une pilosité jugée superflue et peu esthétique, parfois démesurément svelte, flirtant avec l‘anorexie, une illusion vers laquelle les limites de la fonction humaine que nous sommes tendent à vouloir ressembler, et ce jusqu’à l’infini.

Aujourd’hui, notre espèce semble s’éveiller d’un long sommeil et se rendre compte que le bien-être prime par dessus tout. 81% des sondés clament donc, haut et fort, que leur corps leur appartient et qu’il devrait être tel que la nature l’a conçu. Il y a, derrière cet engouement positif, la volonté d’échapper aux subterfuges et artifices utilisés pour promouvoir des corps parfaits. Constamment photoshoppées, les photos des diverses égéries de la mode ne dupent plus autant qu’avant. La chanteuse Beyoncé a récemment subi les foudres des internautes pour avoir retouché ses images afin d’acquérir le fameux « thigh gap ». 64% des participants déplorent donc la perte du sens de la vraie beauté, remplacé par des mensonges éhontés qui nuisent à notre société.

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En reprenant possession de notre corps, nous nous tournons vers la santé, qui devient le nouveau modèle de beauté. Nos habitudes changent en conséquence et la pratique du sport devient plus saine, ayant pour principal objectif de nous permettre de rester en forme et nous tonifier (68%), plutôt que d’avoir l’air plus séduisants (28%). Dans le changement de mantra, on troque volontiers notre passion pour la minceur pour un côté un peu plus « bad ass » : strong is the new skinny.

Le changement ne s’opère pas uniquement par l’effort physique, puisqu’il y a une refonte en profondeur de nos habitudes de consommation. Beaucoup plus sensibles au « manger, bouger », nous tendons à éviter toute forme de nourriture malsaine – type junk food – préférant largement des produits naturels, fruits et légumes, bio et sans gluten. En prenant exemple sur les Holistics Enthusiastics, les régimes sains se popularisent, de même que le sommeil jugé essentiel pour 44% des sondés. Finis les mélanges Heisenberg-esques de Guronsan et de café noir pour rester éveillé toute la nuit, plonger dans les bras de Morphée se révèle être beaucoup plus attractif et cool. Quant au sucre et au gras, ils deviennent aujourd’hui ce que le tabac était hier : un vil tentateur dont il faut se débarrasser au plus vite, ce que 45% des participants n’hésitent pas à faire, prêts à bannir ces trois mots de leur vocabulaire à tout jamais.

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Pour atteindre le nirvana corporel, nous n’avons aucune hésitation à recourir aux technologies à notre disposition. Nike + et Runtastic sont deux exemples parmi une myriade d’autres applications connectées, qui permettent de monitorer tous nos aspects physiques (69%), qu’ils soient sportifs ou purement liés à notre santé (apport calorique, rythme cardiaque, …). Le fait de sacrifier nos data personnelles à tire-larigot, et risquer de devenir des cobayes passés sous l’iris d’un Big Brother de plus en plus envahissant, n’est pas vu d’un mauvais œil si notre santé peut s’en porter mieux. Que diable la minceur, healthy is the new sexy !

L’omniprésence technologique n’est donc plus proscrite, de même que la santé connectée, du moment qu’elle reste sécurisée et ne porte pas atteinte à notre humanité. Toutefois, le constat est complètement différent quand il s’agit de franchir le pas de l’intelligence artificielle et de porter l’expérimentation scientifique à un tout autre niveau. Si Martine Rothblatt, évoquée précédemment, propose de toucher très légèrement le fantasme de l’immortalité par le biais de la conscience digitale, il s’agit ici de remplacer certaines parties de notre corps par des membres bioniques, afin d’éradiquer des problèmes chroniques de santé, décupler nos performances et étendre notre durée de vie de manière exponentielle. Il s’avère que mis à part les millenials, favorables à 26% à la perspective de devenir des cyborgs, tout le monde n’est pas prêt à imiter l’exemple d’Hermès Conrad de Futurama !

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Des ambitions plus ténébreuses, telles que des interventions scientifiques pour modifier génétiquement les fœtus, sont refusées massivement par les Pleasure Seekers, Holistic Enthusiastics et Functionalists. Les manipulations de l’ADN pour changer certaines caractéristiques du fœtus, comme son sexe, la couleur des yeux et des cheveux, ou l’intelligence, sont perçues comme non-éthiques. L’aide de la science et des technologies est donc acceptée avec parcimonie, à partir du moment où elle ne tempère pas avec l’humanité même de notre espèce. Seuls les Chinois, à hauteur de 40%, seraient prêt à accepter de laisser leurs futurs nouveaux-nés subir quelques altération in-utero, afin de booster leur intelligence. Avec le géant chinois Baidu finançant le programme Brainnetome, pour partir à la conquête de l’intelligence artificielle, il y a de quoi penser que les nouveaux enjeux éthique vont donner suite à des débats plutôt animés. Est-il moral et acceptable de sacrifier sa nature humaine au profit de l’avancée scientifique ? Peut-on encore se considérer humain si l’on est en partie machine ?

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C’est un grand pas en avant qui est fait, grâce à la « beauty fatigue », pour mettre de côté la société de séduction et embrasser celle du bien-être. Cependant, tout paraît un peu trop beau pour être vrai dans un environnement qui semble beaucoup plus tolérant et axé sur la beauté « réelle » ou encore « intérieure ». Le cas de l’obésité en est un parfait exemple, puisque cette condition physique est grandement pointée du doigt et fustigée. Les jeunes millenials (41%) et les prosumers chinois (70%), notamment, portent un très mauvais regard sur les personnes en surpoids, dont ils pensent que la surcharge pondérale est issue de la paresse.

Chez les prosumers chinois, le rejet de l’obésité est si obsessionnel qu’ils préfèrent fréquenter des gens minces, par peur d’être vus avec des personnes obèses. Mauvaise hygiène de vie et régime alimentaire sont donc placardés sur ces individus, comme raisons de leur état actuel, sans même se soucier de savoir si c’est vraiment le cas. C’est un comble pour une société qui prétend être passée au-delà des clichés et de la superficialité de l’apparence physique. On ne peut donc s’empêcher de penser que malgré le tournant du bien-être, certaines habitudes en termes de beauté sont difficile à oublier et que les discours prônant de passer outre la beauté physique ne sont que des belles phrases pour paraître plus séduisant au yeux des autres.

Que l’on soit accro à la forme physique parfaite ou juste en quête de plaisirs charnels, le corps est plus que jamais un temple qu’il faut choyer et entretenir au maximum afin de rester en bonne santé et attractif au yeux des autres. La quête de la santé et de la beauté semblent donc intrinsèquement liées l’une à l’autre, ayant toujours le même objectif de renvoyer la meilleure image de nous-même, dans une société qui porte encore beaucoup trop d’importance sur la face extérieure des individus. Victor Ward, le célèbre personnage créé par le cynique Brett Easton Ellis, est l’incarnation parfaite de ce que nous sommes aujourd’hui, psalmodiant inlassablement la même sinistre formule : « the better you look, the more you see ». Une bien triste vérité.

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