Aux CreativeMornings, France Cadet roule des mécaniques

Le thème de la robotique battant son plein, France Cadet est venue aux CreativeMornings partager ses expériences insolites sur des cobayes mécanisés…entre autres !

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Ce Vendredi, le rituel d’arrivée au salon Marbeuf, pour les CreativMornings, était un peu différent. Une étiquette nous demandant de décrire le genre de robot que l’on est, à remplir et à coller sur soi, est distribuée aux participants, afin que les C3PO en devenir et R2D2 de la créativité que nous sommes puissions converser entre-nous, et surtout pour nous mettre dans le bain pour la suite des opérations.

C’est une poignée de minutes plus tard, en finissant de déglutir une bouchée de pain au chocolat à l’aide d’une dose de Kusmi Tea, que l’on prend place devant le podium, afin d’assister au plat de résistance.

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France Cadet ne ressemble en rien à son avatar cybernétique. La bouille illuminée par un petit sourire, elle est haute comme trois pommes et fait part d’un style excentrique, qui en plus d’un t-shirt orné de têtes de mort et d’une veste en tweed , se caractérise surtout par ses piercing chromés aux oreilles, ainsi qu’un anneau métallique qui lui fend la lèvre inférieure. Derrière ce petit bout de femme se cache, néanmoins, une véritable pointure, ayant réalisé des études scientifiques et artistiques pour, aujourd’hui, exercer le métier de professeur à l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence, puis à la School of the Art Institute of Chicago. Au cœur de ce maelström trône sa passion pour la robotique, qu’elle enseigne dans ces prestigieux établissements et qui l’a poussé à poursuivre, en parallèle, une vocation d’artiste.

Exposant régulièrement ses œuvres en galeries et dans des festivals, les créations quelque peu loufoques de France peuvent prendre au dépourvu. Il n’est ni question d’art moderne minimaliste ou de fresques Roy Lichtenstein-esques, mais plutôt de l’expérience de la robotique mêlée à l’hybride, taclant avec audace, ironie et humour des pratiques scientifiques douteuses tels que le clonage et la recherche médicale. Se plaçant dans le rôle d’un Fritz Huhnmorder des temps modernes, France fait, entre autres, courir des humains dans des roues mécaniques géantes, à la manière des souris dans leurs cages, afin de comparer les motivations de l’Homme et celles de nos amis rongeurs.

Le comique de cette situation réside dans le fait que la carotte au bout du bâton, pour la souris, est inexistante. Dans le cas de l’Homme, la source de motivation qu ‘est l’apparence et, en l’occurrence, les phrases aguicheuses qu’il reçoit pour récompenser ses efforts durant sa course effrénée, ne font que mettre en lumière la superficialité de notre espèce, où sexe et paraître sont suffisants pour nous faire déplacer des montagnes.

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Parmi toutes les expériences de France Cadet, celle des manipulations et trifouillages sur son cobaye préféré, le robot-chien, est la plus farfelue et captivante. Partant d’une volonté de pointer du doigt les croisements d’espèce et les mutations, aussi surprenantes que déroutantes, subies par celles-ci, l’experte en robotique fait subir le même sort à son canidé à la robe teintée d’argent. Faisant d’abord lumière sur quelques exemples notoires, tels que la souris phosphorescente ou la souris alcoolique, l’invitée du jour partage alors, avec le public, les fruits de ses pérégrinations électroniques sur son monstre de Frankenstein. Parmi ces dernières, on trouve le « Copycat », inspiré par le premier chat cloné, portant le même nom, « Dolly », en hommage à la légendaire brebis issue du clonage également, « Jellydoggy », « Schizdog », ou encore « Flying Pig ».

En apparence, ces pauvres canidés animés portent les stigmates du croisement de leurs gènes et de ceux des autres espèces. Ainsi, « copycat » dispose des oreilles pointues du chat, « Dolly » arbore les fameuses tâches ébènes de la vache Pie Noire. Quant à « Flying Pig », il porte fièrement deux oreilles dans son dos, une référence subtile à la souris Vacanti (et aux expériences du docteur Mephesto !), sur laquelle des scientifiques ont fait pousser une oreille pouvant être greffée sur un humain.

Le changement s’est également opéré dans le comportement de ces chiens robots, comme en témoignent les miaulement du « Copycat », les bêlements de « Dolly » ou encore les mouvements grotesques du « Jellydog », tentant en vain de nager sur la terre ferme. Les mouvements maladroits associés à des attitudes burlesques ont de quoi faire rire aux éclats. Cependant, impossible de ne pas ressentir une pointe de malaise en observant ces « erreurs de la nature », qui rappellent que la manipulation génétique et les expériences de laboratoire existent vraiment, et que des milliers – voire des millions – de cobayes subissent toutes sortes de sévices « pour la science », dans la quête de l’eugénisme idéal ou de la réduction de certaines espèces animales au rôle de simples sacs d’organes pour les humains.

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Dans la même veine, France Cadet nous dévoile son projet « Trophées de Chasse », où le robot-chien, qui a décidément le beau rôle, subit encore quelques altérations physiques pour se transformer en gibier de choix. Cornes ondulées d’impala ou crocs acérés de panthère, ces chimères mécanisées sont équipées d’un détecteur de mouvement, afin d’interagir avec les spectateurs s’approchant un peu trop près. L’objectif reste le même : sensibiliser le public aux violences perpétuées sur l’espèce animale, rappeler que celle-ci mérite notre respect et d’être préservée, plutôt que de subir des souffrances et d’être tuée.

Changeant de registre, France s’attaque, à la quasi fin du temps qui lui est imparti, à la visualisation de quelques œuvres la mettant en scène, plus ou moins mécanisée, afin d’évoquer malicieusement les modifications corporelles que nous serions susceptibles de recevoir dans le futur. Prenant différentes poses, parfois assez évocatrices, on la retrouve avec une prothèse blanche ornée d’une lentille rouge sur le visage, qui ne va pas sans rappeler l’oeil du fameux T-800 dans Terminator ; le corps recouvert de plexiglass où se reflètent les lumières avoisinantes, tel Sonny dans I, Robot, ou encore portant l’armure d’Iron Man aussi bien que Robert Downey Jr.

Plus impressionnant encore, son détournement habile de la célèbre campagne « Leçon 32 » d’Aubade, où elle n’hésite pas à se mettre à nu et reprendre la position agenouillée du modèle. Poussant le concept de l’hybridation à son paroxysme, elle se transforme presque intégralement en cyborg, ne conservant comme bribe d’humanité que son visage, qui se veut froid et dénué d’émotions, tandis que ses poignets, liés à ses genoux, évoquent la soumission et le fantasme du « bondage ». Volontairement érotique, la simple vue de ce concept holographique, qui oppose le désir sexuel à l’impassibilité de la machine, a de quoi faire réellement réfléchir. Notre futur ressemblera-t-il vraiment à ça ? Pourrait-on vraiment savourer les plaisirs de la chair avec des androïdes inexpressifs, au corps métallisé et glacial au toucher ?

Mais malheureusement, c’est déjà la fin de la CreativeMornings de ce mois-ci, et l’on peut regretter que France Cadet n’ai pas passé plus de temps à développer ce dernier thème, qui avait vraiment de quoi nous tenir en haleine. Pas de crainte pour les curieux qui restent sur leur faim, vous pourrez toujours satisfaire votre curiosité débordante en vous rendant à son exposition, « Robot pour être vrai », disponible au Cube jusqu’au 25 Juillet, qui promet de vous retourner le cerveau…ou pourquoi pas de le mécaniser ?

Quant à ceux à qui ce thème a ouvert l’appétit, vous pourrez toujours venir à la Creative Morning du mois prochain, faire vibrer vos papilles avec des viennoiseries exquises et vous remplir la tête de témoignages créatifs délirants !

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