A la SXSW 2015, on rêve déjà de demain

BETC est allé faire un tour dans le pays de l’Oncle Sam pour se remplir la panse de chili con carne et dégoter les sujets les plus alléchants de la SXSW !

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Non, SXSW ne sont pas les initiales d’un nouveau groupe d’électro. mais le sigle de la South by South West, un énorme festival ayant lieu à Austin au Texas, regroupant tout ce qui se fait de mieux en musique, cinéma et médias interactifs. Créé en 1987, ce grand rassemblement créatif, qui attire pas moins de 70 000 personnes annuellement, est devenu aujourd’hui, la rampe de lancement des films les plus prometteurs, des pépites musicales en devenir, des technologies, entreprises et personnalités susceptibles de bouleverser notre quotidien dans un futur proche.

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L’édition 2015, où robotique, immortalité et applications dernier cri se disputaient la vedette, avait de quoi faire saliver les plus curieux d’entre-nous. En grands seigneurs, Olivier Vigneaux, président de l’agence BETC Digital, et sa bande se sont rendus dans le Lone Star State, afin de nous rapporter les anecdotes les plus croustillantes du festival. Et puisqu’on ne fait jamais les choses à moitié chez BETC, c’est le Vendredi 17 Avril chez Google, parangon de la technologie et de l’innovation, que s’est déroulé le compte-rendu de la SXSW.

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Force est de constater que sur 5 jours et 1300 conférences, les sujets sociétaux ont beaucoup fusé. Ce n’est pas vraiment une surprise, au vu des considérables virages culturels auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, avec notamment cet éternel rapport de force homme/femme qui tend à s’équilibrer de plus en plus. Ce n’est pas un hasard si votre timeline regorge d’articles évoquant les nouvelles applications à la mode, avec deux ou trois lascars au look geek / chic et barbe fournie en photo. Le secteur de la technologie a toujours été le terrain de jeu des hommes, favorisant la culture du « brogramming », l’art de programmer, créer une boite/app avec ses « bros », entre deux goulées de Budweiser et matchs Tinder.

Si les Femen se donnent poitrines et âmes pour faire progresser le statut de la femme dans la société pour qu’elle leur octroie le respect qu’elles méritent, le véritable changement s’opère dans l’ombre de leurs agissements, où des Amazones travaillent d’arrache-pied afin de sonner le glas de la domination « bro-esque ». Comme le souligne Olivier Vigneaux, « la technologie doit évoluer et tenir compte de la société dans laquelle elle évolue ». Ainsi, elle devient de plus en plus accessible aux femmes, comme en témoigne l’exemple de Jennifer Hyman, CEO et co-fondatrice de Rent The Runway. La tech-suprématie masculine en est donc à ses derniers soubresauts et le « brogramming » n’aura bientôt plus raison d’être.

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Il a également été question de la « sharing economy » durant ces quelques jours. On ne tarie plus d’éloges sur l’économie collaborative, cette mutualisation des biens et outils qui semble faire le bonheur des particuliers souhaitant se faire un petit bonus en fin de mois, ainsi que ceux qui désirent trouver des alternatives pas chères et conviviales à des activités parfois contraignantes. Avant, trouver un hôtel à prix abordable à Berlin était une plaie. Aujourd’hui, Airbnb donne accès à des appartements sur des durées flexibles et à un prix moindres. Même exemple avec le taxi, jugé trop coûteux et dont la qualité de service est parfois un peu limite. Uber est venu couper l’herbe sous le pied en proposant des courses moins chères, avec un panel de services correspondant à différents types de besoins et un monsieur tout le monde au volant.

Le « peer to peer » est devenu une panacée de tous ces services, souvent source de stress et d’hypertension, et le paradis des freelancers. L’envers du décor montre cependant que ce modèle utopique est source de nouveaux problèmes, notamment celui de la sélection « à la tête du client ». Celui qui offre ses services est libre de refuser des consommateurs au gré de ses envies, de ses croyances et de son humeur. En l’absence d’un garde-fou pour contrôler ces économies, le racisme, l’homophobie et autres fléaux sont libres de s’exprimer, au grand dam des communautés, pourtant prêtes à investir leur précieux deniers pour passer un week-end dans une modeste caravane le long du Landwehrkanal.

Le fonctionnement de la « sharing economy » dépend grandement de l’honnêteté des gens, de la confiance qu’ils s’accordent et de leur envie de partager. Malheureusement, on tend aujourd’hui vers une « selfish economy » où individus de mauvaise foi signalent, par exemple, volontairement du trafic, à l’aide d’applications dédiées, dans leurs quartier, pour éviter que les voitures y passent. Au final, on se demande si ce modèle économique est viable sur le long terme, et surtout s’il peut être fiable.

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Il y avait également un mot sur toutes les lèvres durant la SXSW : l’immortalité. Depuis toujours, l’Homme rêve de ne plus être limité par la contrainte de l’âge et de pouvoir vivre à travers les âges. Jusqu’à présent, le fait de vivre éternellement n’était possible que dans la fiction. Les amateurs de manga se rappelleront du démon Piccolo ou de Freezer, méchants emblématiques dans Dragon Ball, qui ne pouvaient l’obtenir qu’en réunissant les sept boules de cristal. Walter Donovan, l’antagoniste d’Indiana Jones et la Dernière Croisade, tenta également le coup en buvant le calice jusqu’à la lie…pour finir par mordre la poussière. Bref, devenir immortel n’est pas la chose la plus facile au monde.

Cependant, l’immortalité peut s’acquérir par d’autres méthodes, comme celles qui n’impliquent pas les limitations biologiques auxquelles nous faisons face à présent. C’est le constat que défend bec et ongles Martine Rothblatt, qui n’est autre que la CEO transgenre de United Therapeutics. Sa solution : la cyberconscience. Le fait que nous baignons dans un monde presque totalement digitalisé nous donne, aujourd’hui, la chance de pouvoir mener une vie très documentée. Il y a des traces de nous partout sur Internet, par le biais des réseaux sociaux, de nos interactions sur le web, des insultes balancées durant une partie de Call of Duty ou des selfies postés sur Instagram. Ces éléments constituent des traces de conscience digitale, qui peuvent être assemblés pour créer des « mind clones », autrement dit une conscience qui sera la réplique de tout ce qu’on a pu laisser sur le Web et pourra recréer notre personnalité, nos attitudes, nos valeurs et notre façon de penser.

Martine Rothblatt a pu tester les prémices de la conscience digitale à travers Bina48, un androïde à l’effigie de sa femme, Bina Aspen. Beaucoup moins chiante que C3PO, Bina48 est aujourd’hui capable de tenir une conversation et anticiper les probables réponses de Bina à travers un logiciel nommé Mindware. Certes, nous n’en sommes pas encore au stade des têtes vivantes dans un bocal, concept popularisé par la série Futurama, mais Bina48 et la conscience digitale sont des débuts prometteurs qui ne demandent qu’à être exploités davantage, afin de pouvoir laisser une trace durable et inaliénable de nous sur Terre.

Avancée technologique tout aussi révolutionnaire mais plus réalisable, la robotique a fait des progrès faramineux et remarquables durant ces dernières années. Les premiers prototypes de robots domestiques commencent à montrer le bout de leurs rouages et redéfinissent totalement le rapport des humains avec les machines. Si celles-ci ne sont considérées aujourd’hui que comme des entités dénuées de vie destinées à faciliter des tâches, il est réellement probable que l’existence d’un rapport émotionnel existe dans le futur, si l’on parvient à doter celle-ci de personnalités et d’intelligence artificielle.

Visionnaire, Spike Jonze avait déjà envisagé le scénario dans son chef-d’oeuvre « Her », où Joaquin Phoenix tombait amoureux de son système d’exploitation « Samantha ». Bien que l’on ait du mal à s’imaginer en train d’embrasser langoureusement une pièce de métal, l’idée des personnalités téléchargeables dans des robots domestiques ressemble fortement à celle de Martine Rothblatt et de Bina48 (et de Futurama, encore une fois!). Le programme Siri d’Apple semble lui-même doté de sa propre personnalité, à tel point « qu’on a du mal à l’insulter sans avoir envie de s’excuser juste après », blague Olivier Vigneaux. C’est cette envie de créer un robot domestique pratique et presque humain, qui a incité Cynthia Breazeal à lancer Jibo, le premier robot familial.

https://youtu.be/3N1Q8oFpX1Y

A mi-chemin entre la lampe Pixar et R2D2, Jibo n’est pas qu’un robot super connecté, affable, capable de vous prendre en photo, de vous aider à cuisiner, de vous lire vos messages, de s’occuper de vos enfants, etc… Jibo c’est un véritable membre de la famille et le premier pas vers la robotique domestique humanisée. Si cette avancée technologique vertigineuse fait le bonheur de certains, d’autres, tel Stephen Hawking, restent plus sceptique et tiennent à nous rappeler que l’intelligence artificielle peut se muer en menace pour l’humanité, si mal contrôlée. Prenez donc garde, si vous entendez parler de Skynet à l’avenir, ce n’est sûrement pas un bon signe !

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Cicret, Apple Watch, Google Glass, la technologie c’est aussi ces petits gadgets ultra sophistiqués que l’on peut porter sur soi et qui répondent au doux nom de « Wearables ». Il y a quelques années, Google avait lancé le mouvement en créant un buzz tonitruant pour ses lunettes sensées totalement révolutionner notre quotidien. Aujourd’hui…les Google Glass ont totalement disparu de la circulation. Il est possible de trouver une myriade de raisons qui expliqueraient « l’échec » de cet appareil aux propriétés divines.

En réalité, le projet est loin d’être mort, mais la paire de lunette a besoin de subir quelques altérations afin d’être mieux acceptée par son public, notamment au vu de son apparence qui laisse à désirer. Un peu grosses et pas franchement esthétiques, on imagine bien que ces lunettes ne doivent pas non plus être très confortables. Les « wearables » doivent donc prendre en considération le fait qu’il ne suffit plus seulement de proposer de la technologie. Il faut créer un objet qui puisse devenir également devenir un accessoire de mode et dont l’aspect soigné donne envie aux autres.

A la manière de Beats, qui a redonné un second souffle au casque musical en lui donnant une forme et des couleurs léchées, ainsi qu’une campagne de communication alléchante, les wearables doivent mettre les notions d’apparence et de mode au cœur de leur priorités, ceci afin d’être mieux accepté socialement. Comme le rappelle John Maeda, « the solution to every problem cannot be technology only ».

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Au delà de la question de l’apparence, les wearables doivent également devenir plus pratiques et prendre en compte les environnement de leurs utilisateurs. Les milieux urbains regorgent de nouveaux lieux sympathiques et avant-gardistes, de perturbations diverses et variées et d’aléas en tous genres. Être coincé dans un embouteillage, manquer son bus/train, ne plus avoir de vélos à sa borne de Velib’, autant de soucis qui auraient pu être évités si nous avions été prévenus à l’avance. Les fonctions des wearables doivent donc être plus approfondies, afin de devenir des « there-ables », objets connectés autour de nos poignets, sur nos doigts ou, pourquoi pas, dans nos oreilles, qui s’adaptent à leur environnement pour nous faciliter la vie.

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Il faut donc redéfinir l’innovation afin de placer le potentiel consommateur au centre de l’équation et s’adapter en fonction de celui-ci et de ses besoins. C’est par une veille des utilisateurs des réseaux sociaux et de leurs façon de les utiliser qu’est née Meerkat, une application permettant de streamer en live sur Twitter, aujourd’hui concurrencée par Periscope. Les millenials étant la cible privilégiée de toutes ces inventions et gadgets, il convient donc de rester constamment à leur écoute et de surveiller leurs habitudes. La nouvelle génération, en particulier, dispose de modes de consommation totalement en marge des nôtres, avec une préférence marquée pour l’utilisation du mobile par rapport à l’ordinateur portable.

Création de personnalités multiples sur internet afin de se protéger, une attention fortement réduite due à l’amas d’informations à emmagasiner chaque jour, sensibilité réellement atténuée aux longs messages et contenus qui ne vont pas droit au but, l’on souhaite bonne chances aux marques qui vont relever le « teenager » challenge !

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2 réflexions au sujet de “A la SXSW 2015, on rêve déjà de demain”

  1. Hilarant ce papier et très intéressant. Je note au passage que Madame/Monsieur Martine a beau être trans, elle/il est aussi sexiste que ce qu’on appelait les « male chauviniste pigs » du temps du Women’s Lib. Elle substitue à sa vraie femme, Bina, un robot « beaucoup moins chiant ». Combien de machos ne donneraient-ils pas pour un nouvel épisode de « Stepford Wives » ? https://www.youtube.com/watch?v=gpzjoDNztKE
    Bravo Djavid !

    • Bina48, tous les avantages féminins sans avoir les défauts ? 😉
      Je pense que même si le projet Bina48 et celui de la conscience digitale continuent à se développer, le réceptacle reste un buste de métal qui a été personnalisé pour ressembler à Bina Aspen. Il lui manque l’enveloppe charnelle qui caractérise un être humain.
      Je ne pense pas que Martine Rothblatt soit mal intentionnée avec Bina48, elle a juste pris la personne qui était la plus proche d’elle et qui était volontaire pour l’expérience.

      Ah, je ne connaissais pas du tout « The Stepford Wives » ! Des femmes au foyer soumises qui sont en fait des robots, un scénario possible dans le futur ? 🙂

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